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Samedi 8 juillet 2006 6 08 /07 /Juil /2006 10:40

A Pablo Neruda

Sans nom. Survivant dans le mutisme de l’œil. Brisé
Par la stridence de la vie, je suis debout,
Comme un peuplier austral.
Pour l’instant, je me dresse contre les falaises du néant.
Evoluant comme une pierre sans patrie. Maudit.
Enveloppé d’insultes et prêt à pardonner le bruit
De la pluie tombant sur l’eau.

La terre tremble sous mes pieds d’argile.
Je bouge mes bras. Je respire.
Il est temps de construire des ponts, des sentiers,
Des passages.
Tu es nulle part.
Nous devons reconstruire ces murs.

Le brouillard, comme une vague obscure nous emporte.
Aucun mot.
Aucun visage pour annoncer le jour.
Et ta colère féroce sous une comète de jade.

Rues absentes.
Odeur de poêle qui suinte dans ta mémoire d’enfant.
Les arbres sont brisés dans une forêt innommable.
Tu chantes donc, le rien. Le squelette de la feuille.
Le silence.

Les maisons sont vides comme un gant endormi.
Il faut admettre que la vie n’est pas partout souveraine.
Bâtir un mur en papier comme on construit une maison.
Seule la parole est importante.
Seul le geste est nécessaire.
La paupière ouverte.
La main tendue.
L’espoir.

La joie est un dilemme lorsque nous découvrons le jour.
Le criminel s’en va.
Son ombre passe, ancrée en nous, amoindrie, inaccessible.
Sur les ruines du néant, l’herbe pousse.
Et se faufile à travers nos yeux,
L’ombre.
C’est la fin.
Egorgés, les hommes meurent encore.
La ville disparaît.
Nous devrons nous souvenir.

Je reviens vers toi, à travers cette déchirure sans fin.
Ton visage sourit lorsque je touche ces cendres.
Dans la plaie de ta voix disparaît l’orage.
Sur ces murs fissurés nous bâtirons une ville. 

 

© Patricio Armando Sanchez

Par Patricio Sanchez - Publié dans : chili-france
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Commentaires

http://www.francopolis.net/librairie/introoctobre2005.htm

 



 

 



 

 



Enfin, ouvrons grands nos coeurs pour Patricio Armando Sanchez qui nous revient du Chili avec un poème épique, une "Autobiographie du néant" dédiée à Pablo Neruda. Le comité a été soufflé ! Ecoutons ces voix :

 



« une des rares fois où je lis le néant, la destruction , la douleur avec une telle force de survie. Il y a la matière et il y a la vie, la reconstruction… l'espoir… la rencontre quoi! L'essence de la vie. » "Le squelette de la feuille." (Gert Millaire)

 



« Un excellent poème, oscillant d'un rythme à l'autre. L'écriture est fluide, se déroule comme d'elle-même, sans intervention d'un quelconque poète. » (Teri Alves)

 



« Il y a dans cette autobiographie des moments heureux et quelques vers remarquables comme par exemple :
"Les maisons sont vides comme un gant endormi."
Le poème n'est pas nombriliste il y a parfois des passages épiques, et toujours du mouvement. » (Yves Heurté)

 



« Superbe. En général, je n'aime pas trop lire les longs poèmes car parfois j'ai l'impression que l'auteur cherche à trop en dire. Mais, ici pas un mot de plus, pas un de moins. Tout se tient. Le je, le tu, le il, un peu de mystère ici. Une sensation d'être dans l'espace, de respirer donc d'être utile, fort, pour reconstruire une ville. Des passages bien vus, étonnants parfois. » (Cécile Guivarch)

 



« Je n'aime pas trop les longs poèmes en général mais celui-ci m'a bien accroché.
"Odeur de poêle qui suinte dans ta mémoire d'enfant." Et la fin : "Dans la plaie de ta voix disparaît l'orage. / Sur ces murs fissurés nous bâtirons une ville." Même s'il vaut mieux abattre un mur fissuré si on veut vraiment rebâtir. » (Eric Dejaeger)

 



Hélène Soris déploie certains passages, les commente en les poursuivant comme en un chemin avec elle-même, s'appuyant contre l'épaule de l'auteur (ou lui prêtant la sienne...) :

 



"Survivant dans le mutisme de l'œil. Brisé par la stridence de la vie" " prêt à pardonner le bruit de la pluie tombant sur l'eau." : impression d'un homme pourtant fort qui ressent une fragilité

 



"Rues absentes. Odeur de poêle qui suinte dans ta mémoire d'enfant." et se réfugie un instant dans l'enfance "le rien. Le squelette de la feuille." Image de fragilité courant d'air une feuille qui sera emportée, va mourir.

 



 

 



 

 


Commentaire n°1 posté par francopolis le 26/09/2006 à 22h20

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